
Les jeunes Béninois savent-ils réellement dans quels secteurs ils veulent construire leur avenir ?
Une récente enquête menée par l’Association pour la Promotion et l’Accompagnement des Jeunes Entrepreneurs (PAJE) auprès de 400 jeunes béninois, sur l’ensemble du territoire national, apporte des éléments de réponse particulièrement intéressants.
Lorsqu’on leur demande dans quelles filières ils souhaitent être accompagnés, les réponses sont loin d’être anodines : 50 % choisissent l’élevage, 28,3 % l’agriculture, 15,2 % la transformation agroalimentaire et 6,5 % le négoce et le commerce.
Autrement dit, les jeunes interrogés se tournent majoritairement vers des secteurs directement liés à la production, à la transformation et à la commercialisation.
Ce constat mérite d’être entendu.
Il mérite surtout d’être transformé en politique, en mécanismes d’accompagnement et en investissements.
CAR DERRIÈRE CES CHOIX, IL Y A UNE VISION ÉCONOMIQUE
Lorsqu’un jeune choisit l’agriculture, il ne choisit pas seulement de cultiver la terre.
Il peut devenir producteur, mais aussi transformateur, distributeur, prestataire de services agricoles ou entrepreneur dans les technologies appliquées à l’agriculture.
Lorsqu’un jeune choisit l’élevage, il ne choisit pas seulement de produire des animaux.
Il peut créer une activité autour de l’alimentation animale, de la production, de la transformation, de la commercialisation, du transport ou encore des services vétérinaires.
Lorsqu’un jeune choisit la transformation agroalimentaire, il ne se limite pas à transformer une matière première.
Il participe à la création de valeur, à la réduction des pertes, à la valorisation des productions locales et à la construction de chaînes de valeur.
Et lorsqu’un jeune choisit le négoce et le commerce, il se positionne sur le maillon qui permet de connecter la production au consommateur.
Ces secteurs sont donc interdépendants.
Un agriculteur a besoin d’acheteurs.
Un éleveur a besoin de fournisseurs et de marchés.
Un transformateur a besoin de producteurs.
Un commerçant a besoin de produits à vendre.
C’est précisément cette complémentarité qui peut permettre de construire de véritables écosystèmes économiques autour de la jeunesse.
LE PROBLÈME N’EST DONC PAS L’ABSENCE D’INTÉRÊT DES JEUNES
Nous avons souvent tendance à dire que les jeunes ne veulent plus travailler dans l’agriculture, l’élevage ou les secteurs productifs.
Les résultats de cette enquête invitent à nuancer fortement cette perception.
Les jeunes sont prêts à s’engager.
Ils veulent entreprendre.
Ils veulent produire.
Ils veulent créer de la valeur.
Mais ils ont besoin que l’environnement leur permette de transformer cette volonté en réalité économique.
Et c’est ici que se trouve l’un des grands enjeux de notre politique de jeunesse.
COMMENT TRANSFORMER L’INTÉRÊT DES JEUNES EN ENTREPRISES VIABLES ?
La réponse ne peut pas être uniquement le financement.
Dans la même enquête, lorsqu’on demande aux jeunes quel est aujourd’hui leur principal besoin, le financement arrive largement en tête avec 52,2 % des réponses.
L’accompagnement et la formation représentent chacun 15,2 %, tandis que le besoin en matériel et équipements représente 8,7 %.
Le message est donc clair :
LES JEUNES VEULENT ENTREPRENDRE, MAIS ILS ONT BESOIN D’UN ENVIRONNEMENT QUI LEUR PERMETTE DE RÉUSSIR.
Le véritable défi est alors de construire un parcours cohérent :
FORMATION → ACCOMPAGNEMENT → FINANCEMENT → ÉQUIPEMENT → PRODUCTION → MARCHÉ → CROISSANCE → CRÉATION D’EMPLOIS.
C’est cette chaîne qu’il faut désormais renforcer.
LE FINANCEMENT DOIT CHANGER DE LOGIQUE
Nous devons sortir progressivement d’une logique dans laquelle le financement constitue une fin en soi.
Financer un jeune n’est pas encore créer un emploi.
Financer un projet n’est pas encore créer une entreprise durable.
Le véritable objectif doit être de permettre au projet de devenir une activité viable, puis une entreprise capable de produire, de vendre, de se développer et éventuellement de recruter.
Cela suppose de mettre en place des mécanismes de financement adaptés aux réalités des jeunes entrepreneurs.
Par exemple :
- des mécanismes de garantie permettant de réduire les contraintes liées aux garanties classiques ;
- des financements progressifs liés à l’évolution du projet ;
- des crédits adaptés aux cycles agricoles et d’élevage ;
- des financements spécifiques pour les équipements et les infrastructures productives ;
- des mécanismes de financement destinés à la transformation agroalimentaire ;
- des fonds d’amorçage pour les jeunes porteurs de projets ;
- des mécanismes de financement combinant appui financier et accompagnement technique ;
- des dispositifs permettant aux entreprises qui réussissent d’accéder à des financements plus importants pour leur croissance.
L’objectif ne doit pas être simplement de distribuer de l’argent.
Il faut financer la capacité de produire.
IL FAUT AUSSI FINANCER L’OUTIL DE TRAVAIL
Le besoin de matériel et d’équipements exprimé par les jeunes est également révélateur.
Dans plusieurs secteurs, le jeune peut avoir les compétences, la volonté et même un marché, mais ne pas disposer de l’outil de travail nécessaire.
Or, un entrepreneur agricole sans équipement adapté reste limité.
Un éleveur sans infrastructures adéquates rencontre des difficultés pour passer à l’échelle supérieure.
Un transformateur sans machines performantes ne peut pas toujours garantir une production régulière et compétitive.
Il devient donc nécessaire de développer des mécanismes permettant aux jeunes d’accéder aux équipements productifs.
Le financement ne doit pas seulement servir à « démarrer ».
Il doit permettre de construire une capacité de production.
DE LA FORMATION À L’ACCOMPAGNEMENT : NE LAISSONS PLUS LES JEUNES ENTREPRENDRE SEULS
Une autre leçon importante de l’enquête concerne le besoin d’accompagnement et de formation.
Une idée ne devient pas automatiquement une entreprise.
Un projet doit être étudié, structuré, expérimenté, corrigé et suivi.
Le jeune entrepreneur doit apprendre à connaître son marché, calculer ses coûts, établir ses prix, gérer sa trésorerie, négocier, vendre, communiquer et prendre des décisions.
C’est pourquoi les dispositifs d’accompagnement doivent aller au-delà des formations ponctuelles.
Il faut construire des parcours dans lesquels le jeune est accompagné avant, pendant et après le lancement de son activité.
LE VÉRITABLE ENJEU : CRÉER DES CHAÎNES DE VALEUR DIRIGÉES PAR LA JEUNESSE
L’agriculture, l’élevage, la transformation agroalimentaire et le commerce ne doivent pas être considérés comme des secteurs isolés.
Ils doivent être pensés comme des chaînes de valeur.
Prenons un exemple simple.
Un jeune produit de la patate douce.
Un autre transforme cette production en farine.
Un autre développe le conditionnement.
Un autre assure le transport.
Un autre commercialise le produit.
Un autre développe sa stratégie numérique et sa communication.
Plusieurs jeunes peuvent ainsi créer ensemble un écosystème économique autour d’une même matière première.
C’est cette logique que nous devons encourager.
Le développement de la jeunesse ne doit donc pas uniquement viser la création de milliers de petites activités individuelles.
Il doit également favoriser la création de réseaux d’entreprises, de coopérations, de partenariats et de chaînes de valeur capables de devenir compétitives.
LE PAJE PEUT ÊTRE UN LEVIER DE CETTE TRANSFORMATION
C’est précisément dans cet espace que le PAJE entend jouer pleinement son rôle.
Le PAJE ne se positionne pas uniquement comme une structure qui parle d’entrepreneuriat aux jeunes.
Sa vocation est de contribuer à leur promotion et à leur accompagnement.
Face aux besoins exprimés par les jeunes, le PAJE peut constituer un véritable pont entre :
LES JEUNES ET LES OPPORTUNITÉS ;
LES PROJETS ET LES COMPÉTENCES ;
LES ENTREPRENEURS ET LES FINANCEMENTS ;
LES PRODUCTEURS ET LES MARCHÉS ;
LES INITIATIVES LOCALES ET LES PARTENAIRES.
Le rôle d’une structure comme le PAJE est donc essentiel pour identifier les besoins, orienter les jeunes, renforcer leurs capacités, structurer leurs projets, favoriser les mises en relation et contribuer à leur insertion dans des chaînes de valeur économiques.
Mais le PAJE ne peut pas porter seul cette ambition.
IL FAUT UN PACTE ENTRE LES DIRIGEANTS ET LA JEUNESSE
Si nous voulons réellement faire de la jeunesse un moteur du développement, il faut désormais une mobilisation collective.
Aux dirigeants politiques et aux décideurs publics, nous devons demander de soutenir les initiatives qui travaillent directement avec les jeunes.
Aux institutions financières, nous devons demander d’imaginer des produits financiers réellement adaptés aux cycles et aux réalités des jeunes entrepreneurs.
Au secteur privé, nous devons demander de créer davantage de passerelles entre les grandes entreprises et les jeunes entreprises.
Aux collectivités territoriales, nous devons demander de soutenir les initiatives économiques locales et de faciliter l’accès des jeunes aux opportunités de leurs territoires.
Aux partenaires techniques et financiers, nous devons demander d’investir davantage dans les mécanismes qui permettent aux jeunes de passer de la formation à la production.
Et à la jeunesse elle-même, nous devons demander davantage de responsabilité, de discipline, de professionnalisme et de persévérance.
CAR IL NE SUFFIT PAS DE DONNER UNE OPPORTUNITÉ : IL FAUT ÊTRE CAPABLE DE LA TRANSFORMER EN RÉSULTAT.
DIRIGEANTS, SOUTENEZ CEUX QUI ACCOMPAGNENT LA JEUNESSE
À travers cette enquête, le PAJE ne cherche pas uniquement à présenter des statistiques.
Il souhaite attirer l’attention sur une réalité :
LES JEUNES ONT DES AMBITIONS ÉCONOMIQUES.
Ils choisissent des secteurs qui peuvent contribuer à la production, à la transformation, au commerce et à la création de valeur.
La question qui se pose désormais est celle-ci :
ALLONS-NOUS LEUR DONNER LES MOYENS DE RÉUSSIR ?
Soutenir les actions du PAJE en faveur de la jeunesse, ce n’est pas simplement soutenir une association.
C’est contribuer à renforcer un écosystème d’accompagnement.
C’est investir dans les compétences.
C’est soutenir des porteurs de projets.
C’est favoriser la structuration des entreprises.
C’est rapprocher les jeunes des opportunités.
C’est contribuer à la création d’activités économiques.
Et, à terme, c’est contribuer à la création d’emplois.
Nous appelons donc les pouvoirs publics, les institutions financières, les entreprises privées, les collectivités territoriales, les organisations internationales et les partenaires au développement à considérer les initiatives d’accompagnement de la jeunesse comme des investissements stratégiques.
Le PAJE est prêt à travailler avec tous ceux qui partagent cette vision.
UNE JEUNESSE QUI PRODUIT EST UNE JEUNESSE QUI TRANSFORME
Le développement d’un pays ne peut pas reposer uniquement sur les infrastructures, les politiques publiques ou les investissements extérieurs.
Il repose aussi sur la capacité de ses citoyens à créer, produire, entreprendre et innover.
Et dans cette dynamique, la jeunesse constitue une force considérable.
Les 400 jeunes interrogés par le PAJE nous donnent une indication précieuse : lorsqu’on leur demande où ils souhaitent être accompagnés, ils regardent majoritairement vers l’agriculture, l’élevage, la transformation agroalimentaire et le commerce.
À nous maintenant de faire en sorte que ces choix deviennent des entreprises solides.
À nous de transformer les projets en activités.
Les activités en entreprises.
Les entreprises en emplois.
Et les emplois en développement.
Le temps n’est plus seulement venu de parler de la jeunesse.
Il est venu d’INVESTIR EN ELLE.
Le temps n’est plus seulement venu de demander aux jeunes de croire en leur avenir.
Il est venu de créer les conditions qui leur permettront de le construire.
Et le temps n’est plus seulement venu de financer des projets.
Il est venu de construire, avec la jeunesse, une véritable économie de production, de transformation et de création de valeur.
LA JEUNESSE N’EST PAS UNE CHARGE À SUPPORTER.
ELLE EST UNE FORCE ÉCONOMIQUE À ORGANISER, À ACCOMPAGNER ET À FAIRE GRANDIR.
PAJE
Écouter la jeunesse. Comprendre ses besoins. Accompagner ses initiatives. Contribuer à construire son avenir.